|
L'amour qui bouquine
Livres
anciens, rares et curieux
|
![]() |
14
rue du Miroir
21150 Alise-Sainte-Reine - France Tél. 03 80 96 95 57 - 06 79 90 96 36 e-mail : librairie-alise@wanadoo.fr |
|
L'abbé Pourcher et la bête du Gévaudan
Dans la liste des abbés insolites et remarquables ce ne sont pas les candidats qui manquent à l’appel.
Dans le genre mystérieux vous avez un certain abbé Béranger Saunière (1852-1917), que les amateurs de chasse aux trésors hypothétiques connaissent bien (votre serviteur en premier). Dans le genre iconolaste et rebelle vous avez le célébrissime curé Meslier (1664-1729) qui laissa sur son lit de mort un copieux testament anticlérical bien connu des amateurs d’athéisme. Dans le genre gaudriole les noms ne manquent pas, mais on évitera de les citer. Il y a aussi ceux qui se déguisaient en fille durant le siècle de Louis XIV, mais là c’est une autre histoire… Je vous propose aujourd’hui de découvrir un abbé, qui une fois n’est pas coûtume, s’est transformé, pour les besoins de la propagande religieuse et la diffusion plus libre de ses écrits, en imprimeur à domicile. Un abbé-imprimeur, rien de bien extraordinaire me direz-vous. Sans doute, mais suffisamment intéressant pour vous en faire le portrait et vous donner la liste de quelques unes de ses productions. Car c’est ici l’histoire d’un homme connu pour un seul livre, de taille, sous le titre : « Histoire de la bête du Gévaudan véritable fléau de Dieu, d’après les documents inédits et authentiques, par l’abbé P. Pourcher, curé de Saint-Martin-de-Boubaux. Chaldecoste-Mende, chez l’auteur. 1889. » (1)
Gravure coloriée du XIXè siècle montrant la bête du Gévaudan L’abbé P. Pourcher ? Qui était-il ? Couverture de papier gris de l’ouvrage principal du Curé Pourcher
Il
publie son ouvrage sur la bête du Gévaudan en 1889, il a 58 ans. C’est
chez lui, sur ses propres presses (à bras ?) qu’il imprime ce
monumental ouvrage. Plus de 1.000 pages pour un format inhabituel, le
petit in-12 mesurant environ 14 x 10 cm ! Ce qui donne un ouvrage très
épais (voyez la photo). Vue de dos de l’ouvrage de l’abbé Pourcher sur la bête du Gévaudan.
Volume d’une étonnante épaisseur ! Dimensions : 14 x 10 cm environ. Cet
ouvrage est très rare. Le curé devait imprimer ses ouvrages à petit
nombre, voire à très petit nombre (200 exemplaires ? Peut-être 100
exemplaires, peut-être même encore moins). Couverture d’un autre ouvrage de l’abbé Pourcher Quant
à l’impression, franchement, ce n’est guère mieux ! Les caractères
apparaissent sur le papier souvent flous, baveux, il y a souvent des
traces d’encre en marge des feuilles (salissures des outils de
l’imprimeur). Quatrième de couverture de Antéchrist, 1880.
Publicité pour d’autres de ses ouvrages pieux. Pourtant
la correction typographique, l’orthographe et la mise en page sont
bonnes. C’est seulement l’exécution matérielle qui semble laisser à
désirer dans ses productions. Mais quel matériel possédait-il ? modeste
? usagé ? je ne le sais pas.
Page de titre de Antéchrist, 1880.Assez mal imprimée sur mauvais papier comme on peut le voir. L’abbé
est un mystique, si son principal ouvrage dont on vient de parler est
passé à la postérité grâce au sujet traité qui suscite toujours
l’engoûement pour le mystère, la plupart de ses autres ouvrages
relèvent plutôt des illuminés chers à Blavier. Page de Antéchrist très mal imprimée. C’est
ce qui m’est arrivé avec un exemplaire de l’Antéchrist, publié par ses
soins en 1880, et dont voici quelques photos qui vous permettront de
juger et de l’impression et du soin (ou plutôt du manque de soin)
apporté à l’édition. Tâches d’encre en bordure de page de Antéchrist.
De nombreuses pages sont ainsi maculées. Il
existe par ailleurs une petite plaquette de 30 pages publiée récemment
par Guy Crouzet sur l’abbé Pourcher. Je ne la possède pas mais l’auteur
dit qu’on y donne des documents retrouvés par l'auteur aux Archives de
Mende qui nous révèlent l'attachante personnalité de ce
"curé-imprimeur" hors du commun. On y trouve aussi des photos inédites
du fusil avec lequel Jean Chastel tua la bête le 19 juin 1767. Achevé d’imprimer de Antéchrist, 1880.
Imprimé à son domicile. Je
tiens à remercier particulièrement M. Hugues Rossignol pour m’avoir
autorisé à publier sur ce blog les photographies de l’exemplaire qu’il
possède de l’Histoire de la bête du Gévaudan. Les exemplaires de cet
ouvrage en sont si rares et si recherchés que cela a été une rencontre
fortuite qui m’a motivé pour vous donner cet article. Page de titre et faux-titre de l’Histoire de la Bête du Gévaudan, 1889.
Il
y a deux exemplaires de cet ouvrage à vendre actuellement sur les sites
internet. L’un à 1.500 euros et l’autre à 950 euros. Deux exemplaires
sont listés sur le CD-ROM Artprice Argus du Livre de Collection. L’un
vendu en 1986 au prix de 1.600 francs soit 244 euros (reliure
demi-chagrin vert) et l’autre en 1987 au prix de 1.000 francs soit 152
euros, broché. (1) Sous le terme de « Bête du Gévaudan », on regroupe une série d'évènements qui eurent lieu du 30 juin 1764 au 19 juin 1767. Durant cette période, plusieurs dizaines d'attaques mortelles et de nombreuses autres, non mortelles, furent attribuées à un animal (considéré d'abord comme un loup) ou à plusieurs animaux, dans le Gévaudan, (centre de la France). |